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Mascarade UEFA

Un club différent

UEFA : le football international confisqué
le constat, et les propositions de Cruijff


Dans une interview au Guardian, en septembre 2014, Johan Cruijff déclarait “Le football n’est aujourd’hui qu’une question d’argent. Cela pose un problème de valeurs sportives. Et c’est triste, parce que le football est le plus beau des sports. On peut y jouer dans la rue. On peut y jouer partout. Tout le monde peut y jouer. Mais ces valeurs sont en train de se perdre. Il faut les retrouver”.


Le football international à la dérive

L’Ajax est reconnu comme le meilleur club formateur au monde. Mais la concentration des moyens financiers fait son œuvre, aggravée par la déréglementation des transferts, au profit des clubs les plus puissants d'Europe sur le plan matériel. L'Ajax subit cette situation, dans l'impossibilité financière de retenir longtemps ses meilleurs joueurs, formés à Amsterdam.

Ainsi, si depuis les années 90 les transferts sont devenus banals, les clubs les plus riches attirant les meilleurs joueurs, et se les cédant entre eux, le cas de l'Ajax Amsterdam reste une illustration particulièrement criante d'un club formateur se faisant piller de ses meilleurs éléments, parfois sans véritable indemnité financière (depuis l'arrêt Bosman consacrant la déréglementation, cas des joueurs en fin de contrat). Le nombre et la qualité des joueurs ayant quitté le club en témoigne, comme leur destination. A ceci s'ajoute une caractéristique particulière : le jeune âge des joueurs partants, formés ou détectés par l'Ajax .


Désormais dans l'incapacité pratique de retenir assez longtemps les meilleurs, l'Ajax se voit gravement pénalisé, non seulement sur le plan financier, mais aussi et surtout sportif.

Selon l'étude d'un organisme suisse (2012/13), confirmée en 2014, l'Ajax est pourtant bien le meilleur club formateur, se basant sur le nombre de joueurs en action effectivement formés au club (critère de 3 ans au moins entre 15 et 21 ans : 69 joueurs).



le constat, et les propositions de Cruijff


Le football est à la dérive, depuis les années 90, avec déréglementation effrénée, et la concentration et l'accumulation du capital qu'elle induit, avec le creusement des inégalités par rapport aux clubs les plus riches d'Europe qui monopolisent les vedettes à des prix de transfert qui ne cessent de croître.


La marchandisation de ce sport va bon train, générant des recettes, droits TV en particulier, sans équivalent dans les décennies précédentes. Les prix des places au stade atteignent, en Angleterre ou ailleurs, des sommes que ne peuvent payer les supporters les moins fortunés.


L'Ajax ne peut dans ce contexte conserver bien longtemps ses meilleurs joueurs, et est donc tenté de jouer seulement un rôle d'incubateur des jeunes talents, décelés et formés, avant d'être transférés à des clubs de championnats plus riches. Ce n'est pas son niveau technique qui pénalise le championnat des Pays-Bas, mais l'étroitesse de son marché, en termes de TV.



Une dérive marchande …

D'où ces constatations :

- une dérégulation des transferts qui permet le pillage organisé des clubs formateurs, accompagnée par une organisation de la Champions League favorisant outrancièrement les championnats les plus en vue en leur accordant plusieurs représentants, ce qui garantit la participation systématique de leurs clubs les plus riches à cette lucrative compétition,


- une explosion de recettes de droits télévisuels impulsant des niveaux de revenus inouïs ; ainsi le montant total de revenus annuels générés par la Champions League est passé de 132 M€ en 1995 à 1.090 M€ en 2010,

- un jeu d'intérêts économiques (UEFA/TV/pub/investisseurs) qui s'auto-légitiment en mettant en scène des vedettariats risibles, et, ainsi qu'une mythologie des "grands championnats" (pas toujours confirmée par les résultats, en dépit des quotas et autres tirages au sort protégés) mais devenant avec le temps une affirmation auto-réalisatrice,


- une collusion entre les instances internationales et les clubs les plus riches, conduisant de facto à des compétitions déloyales : d’un côté, on déréglemente, de l’autre, on décrète des formats de compétition sur mesure pour protéger et faire prospérer les clubs les plus riches.



… accompagnée et favorisée par l’UEFA : dictatures, oligarques, fonds de pensions et autres prédateurs

Ainsi, le cas emblématique de la « Champions » League (UEFA), mal nommée car la plupart des clubs retenus ne sont pas champions de leur pays. Les pays sont représentés par un nombre de clubs fonction de leur importance. Le classement des clubs prend notamment en compte leurs résultats passés sur plusieurs saisons, et l’importance du pays d’appartenance. En outre, deux clubs d’un même pays ne peuvent se rencontrer avant les quarts de finales. Dès 2018, le système va s’emballer vers une « super league » façon sport US, visiblement vrai modèle cible de l’UEFA : quatre places garanties en phase de groupes seront attribuées à chacun des quatre pays les mieux classés à l’indice UEFA pour la période 2018-2021, soit actuellement l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie (dont les clubs n'ont pourtant pas brillé depuis bien longtemps.


C’est ainsi que l’on retrouve immanquablement en haut de l’affiche quelques clubs richissimes, dûment choyés, dont certains n’ont pourtant rien remporté au niveau international depuis fort longtemps. Plusieurs d’entre eux, de tout premier plan, tirent leurs ressources notamment de leur actionnaire oligarque et/ou dictature, ou de surendettement monstrueux.


L’éthique sportive est incertaine, mais les audiences TV sont maximales, et les rentrées financières en découlant également. Le système redistributif mis en place par l’UEFA ne prend pas en compte que des critères sportifs. Il fait la part belle à ceux qui appartiennent à des pays dont les droits TV sont globalement élevés. On note ainsi, par exemple, que l’UEFA a reversé, au terme de la Champions’ League 2013/14, seulement 23 M€ à Schalke 04 (parvenu en 1/8 de finale), contre 43 M€ à la juventus de Turin (éliminé au premier tour !) et 32 M€ à Olympique de Marseille (éliminé au premier tour en ayant perdu tous ses matchs !). Le mécanisme complète le volet « sportif » de la compétition, en favorisant, cette fois sur le plan financier, les clubs les plus puissants économiquement.



TV shows et rentiers


L’Ajax est particulièrement pénalisé par la faiblesse des recettes TV, due à l’étroitesse du marché hollandais. Ainsi, les vingt clubs les plus riches ont en 2013 des revenus totaux qui s’étalent de 518 M€ à 120 M€ (en hausse de 8% par rapport à 2012), contre seulement 107 M€ pour l’Ajax. Et, dans ces recettes, les droits TV de l’Ajax n’ont représenté que 20 M€, contre 97 M€ en moyenne pour les vingt clubs les plus riches (188 M€ pour le Real Madrid, 188 M€ pour Barcelone, 166 M€ pour la juventus –soit 61% de ses recettes, un record-).


Il en découle un écart financier immense entre les clubs aux revenus les plus élevés, et les autres, avec pour conséquence sportive majeure l’impossibilité pour ces derniers de concurrencer sérieusement les premiers. Cette situation d’inégalité de moyens étant entretenue et aggravée par l’absence de réglementation effective sur les transferts, et par le format de la CL.


La continuité de leurs rentrées financières, et souvent de leur effectif de joueurs, comme leur omniprésence en Ligue des "Champions", confèrent à une poignée de clubs un niveau inaccessible aux autres sur l’ensemble d’une saison. Les clubs du premier chapeau sont les nouveaux rentiers du football.



les valeurs sportives malmenées

Déjà au printemps 2004, Johan Cruijff, dans le magazine Voetbal International, donnait des pistes de réflexion :

"respecter les différences de cultures"

"En Angleterre, ils aiment le football anglais, en Allemagne ils aiment le football allemand, et aux Pays-Bas on aime le football hollandais. Ce sont des différences de culture considérables. L'enjeu est gagner, perdre, attaquer, défendre, s'amuser et faire un bon spectacle. Le tempérament des italiens est différent de celui des hollandais. On peut peut-être appeler ça une différence de goût. Nous voulons gagner tout en jouant un football agréable. Nous nous excusons presque si nous gagnons en jouant en contre, et nous nous refusons à jouer un jeu défensif. Pour les italiens, la seule chose qui compte est de gagner, peu importe la manière. Leurs clubs ont quelques excellents joueurs, cependant rien ne compte moins que le spectacle. C'est le résultat final qui importe.


Nous pouvons trouver cela étrange, (…) c'est la mentalité italienne et nous devons la respecter. En tant qu'entraîneur, je n'ai jamais eu à avoir honte de l'état d'esprit ni des résultats de mon équipe, mais je respecte toutes les cultures. (...)


En Angleterre, les gens ont l'air un peu perdus, parce qu'ils ont plus de vedettes étrangères que d'anglaises. (...) Le football anglais a perdu son identité sous l'influence d'autres cultures. En fait, je constate que le niveau des équipes nationales de plusieurs pays décline. C'est un vrai problème (...). L'UEFA et la FIFA devraient s'accorder pour rendre obligatoire pour les clubs la présence d'au moins 6 joueurs nationaux dans chaque équipe. Ainsi l'on protégera le football de chaque pays, tout en garantissant aux jeunes joueurs des possibilités d'évolution, en les faisant jouer davantage sans qu'ils aient à passer leur temps sur le banc à cause du nombre de joueurs étrangers."


6 + 5


Devant une situation marquée par une concentration croissante des meilleurs joueurs sur quelques clubs, un appauvrissement économique des clubs formateurs, et une fuite en avant financièrement désastreuse de nombreux clubs de premier plan, les instances dirigeantes du football international en sont venues à faire leurs les préconisations initiées par Cruyff.
Ainsi Blatter Président de la FIFA est-il amené à présenter son projet de "6+5" (obligation pour les clubs d'aligner six joueurs nationaux dans le onze de départ). Le 6 octobre 2008, devant les députés européens, il s'émouvait d'une "perte de l'identité nationale" avec "certaines équipes comptent 11 nationalités différentes et aucun joueur originaire du pays de leur équipe". Avant d'ajouter : "Le sport n'est pas seulement une activité économique, mais bien un élément de notre culture." La question posée par le "6+5" est celle de la formation et de la fuite des talents vers les clubs les plus prestigieux et les championnats les plus riches.

Mais les instances européennes, prisonnières là comme ailleurs des dogmes néolibéraux, voient dans le "6+5" une contradiction avec la libre circulation des travailleurs. Le président de la FIFA argue de la spécificité du sport. " Le '6+5' viendra, c'est seulement une question de temps".
De son côté, depuis la saison 2006-2007, l'UEFA a imposé dans les compétitions de clubs (Ligue des champions, Coupe de l'UEFA) un nombre minimum de joueurs formés au club sur les 25 sélectionnables. L'UEFA définit les joueurs formés localement comme des footballeurs qui, indépendamment de leur nationalité, ont été formés par leur club ou par un autre club de la même association nationale pendant au moins trois ans entre l'âge de 15 ans et l'âge de 21 ans.


L'avenir du football ainsi tracé risque d'être biene ennuyeux. La Premier League est le premier championnat de football au niveau mondial et est diffusée dans quelque 145 pays. Son chiffre d’affaires a atteint 4,4 milliards d’euros pour la saison 2015-2016, selon les données du cabinet Deloitte. En 2015, ces clubs anglais se sont partagé 1,9 milliard d’euros de droits de retransmission TV, soit de 75 millions à 120 millions d’euros par équipe.

Sur la période 2016-2019, les clubs de Premier League se partageront plus de 3 milliards d’euros par an. Ainsi, le club qui finira dernier encaissera 130 millions de livres. Avec les seuls droits télé, ce club touchera plus que l’ensemble des revenus de la plupart des clubs européens.


Délaissons le spectacle, et faisons que le football reste un sport.

webmaster@ajaxfr.com


(On lira également avec intérêt l'article de Jérôme Latta, rédacteur en chef des « Cahiers du football» paru le 02/04/2013.)


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